« À regarder la plupart des villes en Amérique du nord, on pourrait conclure que
le premier principe de nos sociétés est que les voitures doivent être heureuses ! »
Article - Vendre la philosophie du vélo

Des choix de transport éclairés
Par Yves Du Sablon, mécanicien vélo. Il remet parfois à ses clients ce texte, question de faire réfléchir un peu, en plus de pédaler.

Ah! Avoir son char! C'est le rêve du québecois moyen, adolescent ou non. Même si l'on connaît les désavantages évidents de l'utilisation quotidienne d'une voiture (réchauffement de la planète, pollution de l'air, pollution par le bruit, congestion de la circulation, stationnement), la liberté qu'elle nous offre nous attire aussi fortement que le nord magnétique attire l'aiguille d'une boussole.

C'est plutôt de liberté conditionnelle qu'il faudrait parler puisque l'automobile nous rend dépendants et nous appauvrit. Il y a des gens qui me disent: «Tu vas voir, quand tu auras des enfants tu vas être heureux de t'acheter une voiture». Moi qui croyais que le fait d'avoir des enfants était le fruit d'un acte naturel, pas le résultat d'un passage chez le concessionnaire d'autos. C'est peut-être pour ça que beaucoup d'automobilistes ont l'impression de se faire fourrer chaque fois qu'ils vont au garage.

Je me demande comment nos ancêtres ont fait pour se reproduire, puisque la bagnole n'est populaire que depuis 50 ans. «Oui mais je reste à l'extérieur de l'île et je travaille à Montréal, ça me prend une auto.» Erreur, ça prend deux véhicules si on a une famille et que l'on demeure en banlieue.

Tout est loin, le transport en commun est anémique, la banlieue s'est développée par et pour la voiture. Dans le quartier Rosemont, je réussis à faire mes courses en prenant une petite marche de 20 minutes tout en jasant avec des voisins et amis que je rencontre. Essayez d'aller au bureau de poste, à la quincaillerie, à la fromagerie, chez le boulanger, à la fruiterie et au marhcé à pied à Sainte-Julie ou à Laval. Vous êtes mieux d'avoir de bonnes bottes de marche et beaucoup de temps.

Est-ce si agréable que ça, les bouchons de circulation? En 1985, il y avait 89 000 voitures par jour qui empruntaient le pont de l'autoroute 15 entre Laval et Montréal. C'était trop1 Le gouvernement a élargi le pont de six à huit voies, mais les embouteillages demeurent. Le volume quotidien a presque doublé, passant à 157 000 autos en 1996.

Croyez-vous que cela va s'améliorer? Détrompez-vous, le parc automobile de la région métropolitaine devrait augmenter de 20% d'ici 2007, soit 300 000 voitures de plus. Que pouvons-nous faire alors pour régler ce problème?

Au plan social, il faut d'abord cesser de tenter d'améliorer la circulation en faisant de nouveaux ponts et autoroutes. Nous avons là un cas évident du cas de la saucisse Hygrade. Nous devons favoriser le transport en commun au détriment de la voiture (voies réservées, augmentation des coûts de stationnement, pistes cyclables, apaisement de la circulation, rues piétonnières).

Bref, nous devons rendre la ville vivable, humaine. Les rues doivent redevenir un lieu de rencontre pour les êtres humains et non une piste de course stressante avec des feux de circulation accessoires.

Au plan individuel, si votre voiture n'est pas un instrument de travail, en avez-vous réellement besoin? Lise Roy et Paul Roux, des clients de Vél'Aube, me confiaient qu'ils avaient solutionné le problème: «Nous avons quitté la banlieue et avons déménagé à Montréal, près de notre travail. Nous avons vendu la voiture, c'est tellement facile de se débrouiller autrement. Nos déplacements se font à pied, à vélo ou en transport en commun. Les rares occasions où nous avons besoin d'une auto, nous la louons. C'est incroyable tout l'argent que l'on peut épargner de cette façon.»

Si vous êtes un étapiste, donnez-vous comme objectif de faire autant de kilométrage en vélo qu'en voiture en 1999 et débarrassez-vous de ce boulet en 2000. Je vous mets au défi d'utiliser ce qui nous a permis d'évoluer en tant qu'espèce: notre imagination.

Coûts d'utilisation d'une automobile pour l'année 1998 (CAA-Québec)

Imaginez tout ce que vous pourriez faire avec cet argent, année après année.


Sous-compacte Compacte Intermédiaire Standard Mini-fourgonette
Frais fixes 4 770$ 6 152$ 7 152$ 9 601$ 7 407$
Frais variables 1 392$ 1 672$ 1 828$ 1 936$ 2 072$
Total 6 162$ 7 824$ 8 955$ 11 537$ 9 479$

Paru dans le journal Le Monde à Bicyclette, Vol XXIV no 1, Printemps 1999.

















« Aujourd'hui, l'humanité est quantifiée en sondages, en statistiques, en expertises, en rapports dans les tiroirs, où l'Homme, pour les quatre cinquièmes, n'entre pas en ligne de compte. » Danielle Mitterand
Dernière mise à jour 25.05.2009